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27.11.2006

Inondations: QUELQUES PRECONISATIONS DE SPECIALISTES EN HYDRAULIQUE

Sachant qu’un réseau d’assainissement pluvial, quelque soit sa capacité, finira toujours, au gré des circonstances, par se révéler insuffisant, nombre d’hydrauliciens s’attachent à analyser la manière de réagir du réseau, le parcours du débit excédentaire ainsi que les dégâts qu’il pourrait occasionner.

L’objectif étant, en milieu urbain, de multiplier les voies au sol qui doivent nécessairement se substituer aux évacuations souterraines qui seront toujours forcément sous dimensionnées lors d’épisodes pluvio-orageux particulièrement violents, certains d’ailleurs (en Isère par exemple depuis 1993) se sont attachés ainsi à définir et organiser un «parcours à moindre dommage».

En tout premier lieu, pour ces spécialistes de terrain qui privilégient l’observation réelle sur le terrain avant d’agir, il importe :
- d’analyser sur les voies routières existantes - et devenues lits de torrents -, le risque d’entraînement des véhicules et du mobilier urbain dont l’agglutination provoque le phénomène embâcle débâcle dans les rues ou à l’entrée des passages inférieurs des voies de communication
- de réaliser une cartographie du cheminement spontané des eaux excédentaires à travers les différents obstacles constitués par les constructions, le mobilier urbain et les véhicules.

Ensuite, il s’agit :
1° de canaliser ces eaux selon un parcours le moins dommageable possible en préconisant des aménagements simples, du type déflecteur, judicieusement placés.
2° d’aménager l’espace urbain en créant si possible un système de maillage de rues conjugué à des constructions adaptées et à la réalisation de bassins de rétention intra muros /espaces verts.

25.11.2006

LE GOULET D’ETRANGLEMENT DU PONT DE CHEMIN DE FER DE LA ROUTE D’UZES

A l'entré nord-est de Nîmes, par gros orage, les flots qui descendent des collines se trouvent brusquement arrêtés d’est en ouest par un remblai de taille: la voie ferrées Nîmes-Alès, dotée d’un ouvrage de franchissement totalement insignifiant, à savoir le Pont de chemin de fer à hauteur de la rue Kleber !

Ce talus qui s’étend grosso modo de la Montagnette à la Croix de fer constitue, en effet, un premier barrage
quasiment infranchissable et les flots qui le longent de part et d’autre n’ont qu’une seule issue : s’engouffrer dans le goulet du Pont de chemin de fer et dévaler à très grande vitesse le long de la Route d’Uzès puis la rue Vincent Faïta, ...

Pareil goulet d’étranglement, seul exutoire d’évacuation vers le centre-ville, constitue une source incontournable de concentration et d’accélération pour les masses d’eaux considérables qui déferlent dans ce secteur de NÎMES.

SUPPRESSION DE LA DOUASSE ET AMPUTATION DU CADEREAU DU MAS VERDIER


Un peu plus loin encore, en aval, les eaux en provenance du versant est de la colline du Mas du Diable, du versant nord du Mont Duplan, des versants ouest de Serre cavalier et Serre Paradis s’ajoutent aux énormes masses d’eaux qui, dégringolant du camp des Garrigues, ont franchi le pont de la Route d’Uzès s’engouffrent à vive allure vers le rond point du SERNAM et le quartier Richelieu balayant au passage tout le secteur Hoche-sernam, Jean Bouin, Sully.

Ces eaux qui, depuis la Gazelle au moins, ont inexorablement débordé du cadereau – lequel sera toujours incapable d’absorber autant d’eau - ne rencontrent sur leur passage aucun « champ d’expansion et d’amortissement » de crue ni aucune « trajectoire déflectrice ».


Quant au cadereau d’Uzès, sa mission devient d’autant plus dérisoire qu’à hauteur de la rue Hoche, à sa jonction avec le cadereau du chemin des limites - lui-même saturé – celui-ci est sensé en recueillir les eaux ainsi que celles se déversant dans la rue Sully à partir du versant nord du Mont Duplan …

Rappelons qu’autrefois, avant de pénétrer dans le cœur de ville, les eaux pluviales qui n’étaient pas arrêtées par le talus de la voie ferrée Alès-NÎMES pouvaient, par différents trajets, se déverser dans deux cadereaux : celui de la Douasse qui se confondait avec la rue Pitot (anciennement chemin de la Douasse) mais surtout aussi, par une des branches du cadereau du Mas Verdier laquelle prolongeait le chemin de Tacat (en partie actuelles rue Jean Bouin et Jules Verne) joignant alors le chemin d’Uzès (actuelle route d’Uzès), au chemin d’Avignon (actuelle route d’Avignon).

Malheureusement, ces cadereaux qui soulageaient grandement celui d’Uzès ont purement et simplement disparu à cause de l’implantation des emprises du chemin de fer qui, d’ouest en est (de la Route d’Uzès à Courbessac/Pont de Justice) constituent, depuis les années 1850, un second barrage hydraulique quasiment infranchissable qui rabat quasiment toutes les eaux pluviales vers les quartiers Richelieu, les rues Sully et Pierre Semard

D’autant que pour permettre le raccordement du viaduc TALABOT aux voies s’engageant en direction de Courbessac, il fallut aplanir le site (en pente nord sud légère) en le rehaussant d’environ un mètre tout au long des voies en bordure du cimetière Saint Baudile (pour s’en convaincre, il suffit de se rendre sur place)

Au surplus, toute la zone en déclivité entre l’actuel Pont du Diable et le débouché du chemin de Serre Paradis a été remblayé sur au moins 3 mètres de hauteur en allant vers le Pont de Justice (voir, par exemple, le terre plein dominant la rue Vignaud et celui longeant la Route d’Avignon)

Il est désolant qu’en compensation, aucun écoulement souterrain ni de surface n’ait quasiment jamais été réalisé afin de maintenir le sens d’écoulement naturel des eaux pluvio-orageuses assuré jusque là, tant par le cadereau d’Uzès que par la Douasse et le cadereau du Pont du Diable/Mas Verdier.

Pourtant quelques années après l’aménagement des voies de chemin de fer, la presse locale constatait, par exemple, déjà le 3 juin 1859 :
« La trombe qui, vendredi dernier s'est abattue sur la ville de NÎMES et son territoire, principalement dans le bassin dont la route d’Uzès occupe le fond, a versé une masse d'eau plus considérable qu'aucune de celles dont les observations météorologique fassent mention, On ne l'évalue pas à moins de 36 cm dans l'espace de près de quatre heures, Il devait en résulter un véritable fleuve d'une force irrésistible dans le bas de la vallée, c'est-à-dire à l'entrée du faubourg d'Uzès, i1 n'est pas étonnant dès lors, que les maisons de ce quartier aient été envahies jusqu'à une hauteur de 1 mètre à 1,50 m et que les rues aient présenté l'aspect de torrents impétueux »
« Messieurs les ingénieurs ont reconnu qu'une des causes qui a aggravé les malheurs, est le rétrécissement successif apporté au cadereau par le chemin de fer »

« L'administration prendra sans aucun doute les mesures propres à fournir désormais aux eaux les débouchés les plus larges pour éloigner ou amoindrir, autant que possible, des malheurs que la prévoyance humaine ne peut pas complètement éviter. " ...

Cent cinquante ans après, peu de choses ont changé !

Cette vaste emprise foncière "en cul de sac" sans exutoire, qui sert néanmoins de bassin d’infiltration et de retardement de crue est régulièrement submergée par des hauteurs d’eaux impressionnantes (1,50 mètre en octobre 1988) en provenance notamment de Serre Cavalier, de la rue Jean Bouin ou qui refluent du rond point du SERNAM (plusieurs millions de mètres cubes en octobre 1988 par exemple)

Ce que confirme encore une fois un Rapport national consécutif aux crues de septembre 2002 » : « Les voies ferrées dans NÎMES ont été submergées en particulier à la gare de marchandises. La transparence des voies y pose des questions »

A l’évidence donc, cette « zone d’aléa fort situé en plein secteur urbain de NÎMES », selon les services l’Equipement, contribue toujours à amplifier les inondations qui frappent le rond point du SERNAM, le quartier Richelieu, la rue Pierre Semard et la « bien malheureuse » rue Vincent Faïta.

23.11.2006

LA ROUTE D’UZES : UN ENTONNOIR HYDRAULIQUE AU BEC VERSEUR DE PLUS EN PLUS REDUIT

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«La ville de NÎMES se trouve à la limite de la garrigue calcaire et de la plaine alluvionnaire de la Vistrenque dans une petite reculée en forme de cirque limité par cinq collines au Nord qui la protègent des vents venant du Nord. La topographie particulière du site de NÎMES forme un microclimat et les nuages venant de la mer remontant par la Vistrenque s'élèvent et se bloquent sur les collines nîmoises donnant ainsi naissance à des pluies violentes et importantes sur les bassins versants des Cadereaux».

Les cadereaux qui collectent les eaux tombées sur les collines convergent vers la ville de NÎMES et la traversent avant de se jeter dans le Vistre, orienté NE-SW, qui est l'axe de drainage majeur de ces derniers.

Les bassins versants des cadereaux sont constitués par un ensemble de formations géologiques très peu perméables et avec de fortes pentes. Les eaux pluviales qui s’y infiltrent très difficilement, ont tendance à ruisseler et à acquérir des vitesses importantes à l'entrée de la ville de NÎMES, créant ainsi des inondations catastrophiques.

La ville de NÎMES qui a, semble-t-il, toujours été soumise à de violents épisodes pluvieux, se trouve de plus en plus souvent victime d’inondations d’autant plus spectaculaires et dommageables que la ville et ses cadereaux sont depuis bien longtemps de moins en moins adaptés pour évacuer des masses d’eaux considérables.


LA ROUTE D’UZES : UN ENTONNOIR HYDRAULIQUE AU BEC VERSEUR DE PLUS EN PLUS REDUIT
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La cause ? Un urbanisme qui, depuis plus d’un siècle, ne prend plus en compte les conditions très particulières du site et se traduit notamment par une recouvrement immobilier galopant ignorant une orientation nord-sud qui permettrait un écoulement adapté des eaux pluviales vers le bassin du Vistre, réceptacle naturel de tous les cadereaux nîmois.

D’après le rapport Ponton réalisé à la suite de la catastrophe de NÎMES de 1988, à chaque fois, tout commence au nord par des ruissellements collinaires sur de petits bassins versants pentus dominant immédiatement la ville (pour faire simple, le camp des garrigues)

L’urbanisation de ces bassins versants ainsi que le déboisement, responsables d’une rapide saturation du sol augmentent fortement les coefficients de ruissellement, diminuent les temps de concentration et accélèrent les écoulements à fort débit.

Facteur aggravant, les lits de ces bassins versants sont de plus en plus enserrés dans des ouvrages routiers d’autant plus étroits qu’ils ont été systématiquement encadrés par toujours plus d’habitations et surtout de murs de clôtures étanches. Ce qui rabat inexorablement les eaux pluviales excédentaires vers la ville, dans le sens nord sud par un seul passage obligé : la Route d’Uzès.

Plus en aval, à la porte nord-est de l’agglomération, un constat d’évidence s’impose: alors que les masses d’eaux pluviales superficielles, pour des orages identiques, ont considérablement augmenté depuis une quarantaine d’années, le seul « cheminement spontané des eaux » reste donc la seule Route d’Uzès qui, en aval, débouche sur un redoutable goulet : le pont du Chemin de fer …

A cet égard, en novembre 1994 un Rapport d’une Commission d’enquête sur les causes des inondations et les moyens d’y remédier constatait pour la nième fois :
« Le cas de NÎMES n'est qu'un exemple parmi tant d'autres…Non seulement l'imperméabilisation des grandes surfaces (lotissements, parkings, routes, aéroports, zones commerciales et industrielles) accélère le débit de l'eau, mais l'écoulement de celle-ci est en outre gêné du fait de l'inadaptation fréquente des réseaux d'évacuation des eaux pluviales ou de l'implantation de grandes voies d'accès ou de ponts de chemins de fer, par exemple, qui se transforment alors en véritables retenues »
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